Austremoine Bohier naît à Issoire (Puy-de-Dôme) dans la première moitié du XVe siècle. Secrétaire du roi Charles VII, il s’installe à Tours où il épouse Anne du Prat. Il achète, en 1460, le château et la terre de Saint Cirgues près d’Issoire. À la mort de Charles VII (1461), il reste le secrétaire de Louis XI, puis de Charles VII qui l’anoblit en 1490. Son fils Thomas est qualifié en 1494, noble homme maître Thomas Bohier, seigneur de Saint Cirgues, conseiller, maître des comptes et secrétaire des finances du roi. Marié à Catherine Briçonnet, il rebâtit le château de Saint Cirgues en 1495 (mais il n’y a aucune preuve formelle de l’existence du château précédent) : un quadrilatère défendu par quatre tours rondes, des murs crénelés et un fossé. En 1496, il achète le château de Chenonceau en Touraine, qu’il reconstruit de 1515 à 1522, sur un même plan carré avec des tourelles en encorbellement, en gardant le donjon et le puits. Il est maire de Tours en 1497. Son fils Antoine Bohier, baron de Saint-Cirgues, est seigneur de Chenonceau, Chidrac, Périers, Pardines, Sauriers, Champeix, le Mas et la Tour Boyer.

Il cèdera Chenonceau à François 1er qui lui réclame 190 000 livres pour régler les dettes de son père. Sans héritier, Antoine fait don de la baronnie de Saint-Cirgues au connétable de France, Anne de Montmorency. En 1575, Henry 1er de Montmorency, fils d’Anne, échange la seigneurie de Saint Cirgues contre un autre fief avec les Montboissier Beaufort Canillac, qui obtiennent en 1578 que la baronnie de Saint-Cirgues soit érigée en comté. Le dernier Montboissier meurt en 1725 sans héritier. Le château est acquis en 1732 par Yves de Tourzel d’Allègre. Les transformations du XVIIIe sont effectuées par sa fille, Marie-Marguerite, marquise de Tourzel, qui épouse Philippe de Recourt-Lens-Licques-Boulogne, comte de Rupelmonde (Flandres). D’humeur folâtre, surnommée « vaque à tout » ou « la blonde », elle est une amie de Voltaire, avec qui elle effectue en 1722 un voyage au goût de scandale dans les Flandres et qui lui dédie la même année « Le pour et le contre, épître à Uranie ». On lui doit les dômes des tours et les façades percées de larges ouvertures. Survivant sept ans à son fils (tué en 1741), et sans descendance, la comtesse de Rupelmonde entre dans les ordres et lègue ses biens aux enfants de sa sœur, « la brune », Marie-Emmanuelle de Maillebois. Elle aura une fille, Marie Henriette, mariée à Louis du Bouchet de Sourches. Leur fils épouse Louise Élisabeth de Croÿ, gouvernante des enfants de France.

C’est par un fils de ces derniers, Yves V, que le château passe à Hélène du Bouchet de Sourches de Tourzel. Elle se marie à Paul Louis Marie Vogt d’Hunolstein. En 1889, il est encore propriétaire du château. C’est vers cette époque que l’on remplace la clôture ouest par une arcature ouverte sur le parc et que l’on aménage le décor intérieur dans le style Troubadour – on ne connaît pas le nom de l’architecte. À la veille de la deuxième guerre mondiale, le château, bien entretenu, appartient à Hervé d’Hunolstein. À noter que le frère aîné d’Hervé, Félix (1861-1952), a épousé une Montmorency. En 1990, un incendie dévaste les toitures et une partie du décor. L’inscription à l’Inventaire supplémentaire, le 14 juin 2002, protège le château en totalité, y compris ses décors intérieurs (la chapelle, l’escaliers, les boiseries, les cheminées) et le parc avec ses clôtures. Le château est en cours de restauration, en attendant un réemploi.